16 mars 2009
Apocalypse à Lille
Lille est un autre Monde, ce dernier weekend n'a fait que me le confirmer. Autre politique, autres temporalités, autres moeurs.
Samedi dernier se tenait l'inauguration de Lille 3000 : Europe XXL, nouvel opus de l'événement culturel que la municipalité s'est inventée, une fête inspirée un peu à la fois des cérémonies d'ouvertures des JO et des grandes expos culturelles. Au programme de ce jour, des expositions bien sûr, et en clou du spectacle une parade et un feu d'artifice qui avaient tous deux pour objectif de nous faire mettre le nez en l'air.
Le thème, amené à rythmer les manifestations culturelles des prochains mois à Lille, était l'Europe de l'Est : et quoi de mieux qu'accompagner ma bulgare préférée pour l'occasion ?
Pour l'occasion, la ville s'était habillée... D'une façon qui ne rappelle pas du tout cette région du globe. Ou alors quelque chose m'échappe ??
Je rêve ou ce bébé se transforme en stégosaure...?
La parade était fidèle à ce qu'on pouvait en attendre, bien que toute petite. Les surprises se sont surtout réparties dans plusieurs points de passage, où des ballets volants venaient accompagner le cortège. En fait, cette partie là était surtout énervante : voulue je suppose pour éviter les concentrations de foule, elle a surtout eu pour conséquence le fleuve humain dans lequel nous nous avons quasi-stagné pendant plusieurs heures.
La surprise du weekend est venue de l'espace St Sauveur, une friche comme il y en a tant dans la région réhabilitée en espace d'expositions participatives. J'insiste sur ce dernier point : outre l'expo vidéo un peu chiante sur Berlin, on peut admirer les photos d'un artiste un peu narcissique en compagnie dudit artiste (admirez cette oeuvre d'art plus bas :P), s'asseoir dans du vieux mobilier allemand des années 70 ou jouer aux lego, tout ça gratis...
Dans la peau de Martin Liebscher !
Le clou à St Sauveur est un ensemble de chambres d'hôtels aménagées à la façon des années 70 en Allemagne et Pologne. Papier peint kitsch, lit à eau (j'avais jamais testé ! youhou !) et gâteaux apéro, tout est touchable, goutable, testable ! Mention spéciale à la chambre de l'inspecteur Derrick, un petit bijou, assorti pour notre plaisir d'un espace télé pour regarder un best-of de la série ^^. Moi je dis, à quand l'espace David Hasselhoff ?
On notera le décor de la salle de visionnage...
... Bref, ce concept est génial - mais pourrait-on le trouver ailleurs que dans une ville marquée par le socialisme et le paternalisme ? Il est basé sur le partage et la confiance, vertus toutes relatives en société. Ces jouets, ces chambres, est-ce qu'ils vont résister longtemps au saccage ?
11 septembre 2008
Skylines de Lille
Découvrez The Shins!
10 septembre 2008
La boite à Hein !
Comme le concept de boite à hein! n'a été qu'esquissé lors du précédent article, et pour achever de consterner les personnalités rationnelles, voici un petit test du gadget par Dany Boon himself.
En fait il s'agit bêtement d'une boite à meuh détournée en humour régional... Sauf que contrairement à la version traditionnelle - on sent ma connaissance en la matière ^^ -, la boite à hein! ne s'arrête pas si elle est maintenue à l'envers. J'ai déjà eu quelques "incidents" aujourd'hui en glissant la mienne dans mon sac pour une première sortie : voilà qui présage bien de mes quatre heures de train demain... -_-'
Oui, c'est inutile, commercial, ça finira en ramasse poussière sur mon étagère (entre ma casquette Pumbaa et mon coussin péteur), mais je tiens à affirmer que j'assume complètement. Et maintenant, j'arrête de parler de Bienvenue chez les Ch'tis avant que certains lecteurs ne boycottent ce blog !!
08 septembre 2008
There will be moules
Je tiens tout d'abord à présenter mes excuses pour le jeu de mots tiré par les cheveux qui tient lieu de titre (je n'ai pas pu m'en empêcher, mouarf !). L'objet de l'article est un des grands événements du patrimoine régional français : la grande braderie de Lille, qui avait lieu ce weekend sous mes yeux ébahis !!
Une fête très populaire, peut-être plus commerçante que brocanteuse, savoyarde (oui oui, vu le nombre de stands de saucissons - reblochons + la station des Arcs comme sponsor de l'événement !). Et l'occasion d'un véritable génocide mytiloïdaire (le mot n'est qu'à moitié inventé, voyez Wikipedia), comme le montrent les photos ci-après.
Mais que fait Brigitte Bardot ?? Sur la 4e photo, notez le carton de "boites à hein", le nouveau gadget ch'nordique crétin à la mode. En tant que passionnée de l'étude des territoires de France, je me devais d'en posséder une !! Quoi, comment ça mon excuse est minable ??
03 août 2008
Un peu de culture !
Premier dimanche du mois + derniers jours à Lille = visite de musées. Deux en l'occurrence, une exposition temporaire et une permanente, de l'histoire naturelle et des beaux-arts. Pour coller avec le thème de ce blog, les deux ont des choses à dire sur le Nord-Pas de Calais...
Au musée d'histoire naturelle, c'était aujourd'hui le dernier jour de l'expo "pays'âges". Thème qui me semblait un peu tiré par les cheveux, qui vise à montrer l'évolution du paysage du bassin minier depuis trèèèès longtemps. Très bonne suprise : l'exposition est très bien organisée et porte vraiment un regard nouveau sur un paysage. Non seulement elle montre avec logique comment se sont enchainés forêt-fossilisation-découverte du charbon-grande industrie-société de classes-crise-reconversion, mais elle réussit aussi à nous plonger dans les atmosphères d'une forêt équatoriale (si si, il y en a bien eu une à Lille) ou d'une exploitation de charbon du XIXe siècle.
Un seul regret, le côté "reconversion du bassin minier" se contente d'un documentaire sur l'héritage minier et la bataille pour le classement des puits de mines au patrimoine mondial de l'UNESCO. L'idéal aurait été d'organiser l'exposition non pas à Lille, mais plus au Sud dans le bassin minier intéressé : pour bien l'apprécier il faut avoir une petite idée du "look" actuel de la région...
L'autre musée est celui des beaux-arts : difficile à louper, c'est le gros bâtiment de la place de la République. Et à l'intérieur, il a quelque chose de monumental façon Louvres. Mais je ne veux pas parler de la partie arts. Belle découverte, son sous-sol cache une collection de maquettes de villes régionales datant du XVIIIe siècle... L'objectif était à l'époque d'avoir un recensement des places fortes défendant la frontière : Calais, Ypres, Tournai, Lille, Bergues (en photo, pour énerver les blasés du film ^^)... Les maquettes permettent de voir l'état de villes encore confinées derrière leurs remparts. Fascinant pour tout cartophile qui se respecte !
02 août 2008
Vous reprendrez bien un peu de maroualliflette ?
La fin de ce séjour à Lille est arrivée terriblement vite. Premiers au revoir-prise de conscience qu'il ne reste que quelques jours-pot de départ-rangement du bureau-restitution du badge. Et voilà, plus que quelques jours dans le Ch'nord !
Pour faire la transition avec l'été de francetrotter qui m'attend, et après six mois d'intenses recherches (je m'y suis pris en avance ^^), j'ai réussi à trouver un lien (certes capillotracté) entre mes deux chez-moi du moment. C'est vrai que la Savoie et le Nord ont tout pour se différencier, de la topographie à l'amabilité des habitants... Le lien en question, il le fallait, est culinaire.
--> Deux régions de fromages qui puent. Pour preuve, ce gratin qu'on trouve dans la plupart des brasseries, sous le nom de "gratin du Nord" ou "gratin au maroualles".... Moi, je préfère l'appeler "maroualliflette", parce que c'est ni plus ni moins la bonne vieille recette de la tartiflette, reprise en version Ch'nord. Pas mauvais, enfin prévoyez un fisherman's friend pour ne pas faire fuir votre entourage dans les heures qui suivent.
Et on ne regarde pas ce qui est tombé à côté... J'ai jamais su manger correctement -_-'
--> Plus audacieux, ce restaurant de Calais qui a osé mélanger les genres... Enfin, du moins dans le logo. Ya pas intérêt à faire des raclettes ou des fondues au maroualles, nan mais ! Je tolère la maroualliflette, mais faut pas exagérer !! :)
30 juillet 2008
Roubaix ou les déboires de la couture urbaine
Depuis quelques jours je suis sur le terrain à recenser des commerces.
Roubaix est une de ces villes pas comme les autres, dont on repart avec le sourire et un arrière-goût amer à la fois. La première chose qui me frappe est le chaos urbain, et l'enchevêtrement des fonctions urbaines dans le même tissu. C'est l'héritage du boom de la grande industrie, suivi des décennies plus tard par un dégonflement tout aussi violent. Je connais peu de villes qui incarnent aussi bien l'adjectif "sinistré"...
Pour revenir au désordre urbain, pas de centre-ville historique propre et bien ordonné avec ses petites ruelles mais des rues commerçantes qui peuvent tourner au coupe-gorge, des usines et des châteaux de l'industrie encastrés un peu partout, une galerie de boutiques de luxe au pied des tours. Seul grand repère, mon triangle Grand-Place / centre commercial Espace Grand'Rue / zone de bureaux Eurotéléport.
Lors de mon travail de terrain, j'ai pu parler à quelques badauds et voisins (je ne passais pas inaperçue avec ma base de données et mon plan cadastral, on devait me prendre pour une inspectrice de quelque chose !). J'ai appris par certains où se tenait un bar clandestin (!!), d'autres m'ont indiqué les boutiques que le centre commercial Grand'Rue avait fait fermé à son arrivée, j'ai servi de réceptacle à plaintes contre la municipalité (pour laquelle je ne travaille pas !) ou les grandes enseignes (heum), certains à me voir ont reconnu que je venais de Lille. Et je me suis fait mordre par une puce.
Autant d'expériences humaines (et animales) que je potasse dans le métro, sur le chemin du retour. Pour moi Roubaix sera teintée d'une aura sociale.
Cherchez le KFC ! ^^
22 juillet 2008
Délit touristique de premier rang...
J'ai visité Bergues, oui, je le confesse. Et pour rajouter une couche, je lisais hier dans la Voix du Nord que ce même jour, Dany Boon et Kad sont venus incognito avec fausses barbes et perruques ^^ !
Admirez la méthode très discrète pour rester anonyme... :)
Bon, petites rectifications par rapport au film : il n'y a pas de cité minière (comment ce pourrait-ce, la ville est à côté de Dunkerque et pas dans le bassin minier !), on n'entend pas du tout parler Ch'ti et c'est habité par des couches sociales plutôt aisées, à voir l'entretien de l'espace et la population locale. Sortir du champ de la caméra permet aussi de visiter une petite ville fort charmante, en se promenant le long ses fortifications (il y a un chemin) ou en restant simplement à proximité du beffroi (le carillon marche bel et bien !)...
Je suis encore trop néophyte pour le dire par moi-même, mais mon amie a confirmé : il y avait beaucoup plus de monde que ce qu'elle avait pu voir lors de ses visites pré-Bienvenue chez les Ch'tis. Pourtant, le lieu était loin d'être bondé... J'imagine en temps habituel :/
02 juillet 2008
L'héritage de Fives
C'est dans ma rue que Pierre Degeyter, modeste ouvrier, a composé la mélodie de l'Internationale en 1888. Une place porte encore son nom aujourd'hui.
Fives est un quartier qui porte encore fortement l'empreinte de l'industrie : courées, vieilles usines plus ou moins réhabilitées, relative fragilité sociale et une densité anormale de personnes portant des tee-shirts Johnny Haliday. (Je vous l'accorde, cette dernière était gratuite et non fondée - n'empêche... ^^)

26 juin 2008
Euralille, chroniques d'une métropole en mutation
J'ai lu il y a quelques temps déjà un bouquin très intéressant sur Euralille, le grand projet urbain des années 80-90 et qui se poursuit encore à Lille : la tour en L, la gare TGV, le centre commercial de Jean Nouvel, le palais des expos / Zénith... En font partie. Le concept : réunir une série de témoignages d'acteurs clés (dont, bien sûr, les incontournables Pierre Mauroy et Rem Koolhaas) qui racontent leur version de l'histoire.
Malgré une tendance assez inévitable à l'auto-lancement de fleurs et à l'optimisme tous azimuts, ce livre donne autant de points de vue qu'il y a d'auteurs. Et parmi ces derniers, on compte tous les métiers qui gravitent autour des grands projets urbains : politiciens locaux et métropolitains, architectes, ingénieurs, urbanistes... Cette lecture m'a confirmé qu'au delà de l'échelle du quartier et du délai de l'opération, un grand projet urbain s'intègre dans un système d'acteurs et une temporalité bien plus vastes.
--> Un grand projet urbain, c'est une affaire de partenariat : il n'y a pas seulement un grand élu qui choisit un grand architecte, même s'il y a souvent un leader qui cimente la vision du développement. Mais dans la réalité, on observe différents niveaux de conception/décision et un art incroyable de la négociation et du compromis. On se rend compte que sans des discussions parfois douloureuses avec la mairie, la SNCF n'aurait pas voulu mettre la gare TGV en centre-ville : trop coûteux, contraire à la politique de lignes TGV en France. Pareil, le concept urbanistique de l'architecte mondialement reconnu Rem Koolhaas n'a pas été intégralement appliqué : il voulait une zone en rupture, mais le dessin a été repris (par nécessité, mais c'est mon avis...) et les extensions du projet ont été voulus comme des espaces de transitions avec le reste de la ville (je pense au quartier Saint Maurice).
--> Un grand projet urbain est une affaire de temps : on ne fait pas de la ville en quelques années. Il faut des décennies, ne serait-ce que pour que le nouveau quartier prenne sa place dans les moeurs des citadins. Il faut aussi du temps pour que la greffe prenne avec les quartiers voisins. Là encore Euralille, pionnier des grands projets en son temps, a accumulé quelques expériences en la matière. La construction en masse de bureaux tertiaires devait insuffler une nouvelle jeunesse à l'économie de Lille, mais une petite crise de l'immobilier de bureau a laissé les tours vides et semé le doute. Heureusement, la conjoncture économique s'est rétablie et à la parution du livre, ce n'est plus qu'un mauvais souvenir dont les auteurs tentent de tirer des leçons pour le développement d'Euralille 2, l'extension Sud actuelle.
Voilà qui donne matière à réfléchir sur la communication et le rôle des achitectes dans l'aménagement et l'urbanisme. Cas plus que d'actualité, faut-il faire de la question du Grand Paris un concours de grands noms ? J'en doute fort.

























